Extrait
" Quand je prononce Monde, en moi, j’entends le R de Ronde qui suit la courbe du mot, la plénitude du cercle englobe toute pensée et raison. Et ça tourne, tourne l’esprit autour pour essayer d’entrer au sein de cet orbe. Voir la lumière y scintiller en couleur, comme une lune la nuit, dans l’épaisseur du vide alentour où tout s’égare en spéculation. Voici l’œuvre faite, objets sortis de ma fabrication intense, des journées passées à provoquer des expériences comme si ma mémoire n’existait plus et qu’une génération spontanée d’œuvres surgissait de ma seule rencontre avec les armes et les outils de la plasticité, sans souvenirs, sans passé.
Le monde de la peinture ! Y aurait-il un monde de la peinture ; un sur- monde, ou un contre-monde, dans un écart, au-dessus de l’enveloppe du monde palpable et physique. Monde qui est à la fois la Terre, cet objet galactique avec ce qu’il comporte de chaleur et d’eau, de matière et de matériaux apte à l’existence animale. Et cet intermédiaire de l’humanité parce qu’il y a la pensée qui rétroagit et philosophe sur ce même monde et est, peut-être, en dernière instance, simple rhétorique. Et il y a le monde de la peinture. Celui-ci est la perpétuation d’un besoin d’inscription d’une matière palpable sur la surface lisse de la mémoire mouvante. Elle démarre à la préhistoire et aujourd’hui nous parvient et nous poursuit avec les grands artistes classiques du vingtième siècle, Siècle d’Or après d’autres Siècles d’Or de l’art de l’Art Pictural, hollandais ou espagnols : Rembrandt, Vermeer, Hals, Velasquez, Cézanne, Matisse, Monet, Picasso, Braque, Léger ; et tous ceux que je ne cite pas, mais qui constituent le lieu secret de ma naissance à l’art et au désir de sa poursuite effrénée…
Le paradoxe c’est que cette peinture dont je suis le prisonnier et à la fois le disciple est toujours redevable à la sculpture, comme dans un contrepoint inaliénable. Sous les exigences de la matière et des formes qui y naissent, descend cette mise à plat qui nativement mentionne la couleur, les couleurs dans leurs touches d’outils multiples, comme évanescence, nuage de l’expression du monde et à la fois représentation spéculaire. C’est en même temps comme un miroir dont le tain translucide procure au regard une déformation infra-mince du réel et semble lui donner une vie, un substrat, une autonomie totale. "

